Il est fréquent, hélas, d’opposer deux prétendants à la couronne de France si demain la royauté devait faire son retour.

Contrairement à ce que l’on entend trop souvent dans les médias, la querelle n’est pas seulement dynastique, mais également politique, et même nationale.

Politique d’abord, car Jean d’Orléans incarne une vision qui conjugue tradition et modernité. Il est certes chrétien assumé, attaché aux racines spirituelles de la France, mais il ne prétend pas revenir à une théocratie. Il défend une monarchie adaptée à son temps, capable d’unir les Français tels qu’ils sont, dans leur diversité réelle tout en transmettant des valeurs auxquelles il est attaché.

Cette conception s’inscrit dans l’héritage de son ancêtre direct, Louis-Philippe Ier, dernier roi (1830-1848), que l’on surnomma le « roi-citoyen ». D’ailleurs, celui-ci affirmait vouloir se tenir « dans un juste milieu également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal ». Cette phrase, loin d’être anodine, résume exactement l’équilibre que beaucoup attendent aujourd’hui d’une autorité stable.

Face à cela, la vision portée par le courant légitimiste autour de Louis de Bourbon est différente. Certes, il existe des points de convergence concernant la subsidiarité, la critique du désordre institutionnel actuel, la recherche d’une stabilité au-dessus des partis, mais leur souhait d’instaurer le catholicisme comme religion d’État — alors même que 57 % des Français ne se déclarent pas catholiques en 2025 selon l’IFOP — ou encore la substitution de la Constitution par des lois fondamentales médiévales ne me semblent ni de nature réaliste, ni en adéquation avec les besoins immédiats de la France.

Dynastique ensuite. Louis XVI et sa famille furent assassinés dans des conditions que l’on peut difficilement qualifier autrement que d’ignobles, permettant aux deux frères du roi d’accéder successivement au trône quelques années après, à savoir Louis XVIII et Charles X.

Le premier n’ayant pas de descendance, c’est la lignée du second qui devint la branche aînée de la Maison de Bourbon.

Alors que Louis XVIII axa son règne dans la réconciliation entre les révolutionnaires et l’institution royale jusqu’à sa mort en 1824, son frère Charles X fit le chemin inverse, tentant de rétablir l’Ancien Régime sans prendre en compte la réalité française de l’époque. Cette politique eut pour conséquence la Révolution des « Trois Glorieuses », obligeant Charles X à abdiquer en 1830.

Naturellement, la loi salique faisait automatiquement de son fils l’héritier naturel, or ce dernier renonça également au trône sous la contrainte de son père, laissant le petit-fils du roi réactionnaire devenir l’unique alternative à seulement 9 ans.

Dans son acte d’abdication, Charles X charge son cousin Louis-Philippe d’Orléans de faire proclamer l’avènement d’Henri V et d’exercer les fonctions de lieutenant général du royaume, c’est-à-dire une forme de régence jusqu’à ce que le roi soit en âge de régner.

Or, la Chambre refusa cette proclamation et la population criait dans la rue « À bas les Bourbons ». La monarchie était au bord de l’effondrement, et une alternative devait être rapidement trouvée pour échapper à la république, ainsi qu’aux bonapartistes. Dans ce contexte insurrectionnel, Louis-Philippe accepta la couronne sous le titre de « Roi des Français » pour maintenir l’institution royale.

Prétendre aujourd’hui que l’on pouvait appliquer froidement des règles dynastiques – abandonnées par la famille royale elle-même – au milieu d’une révolution relève de la fiction.

Populaire, et fidèle à l’approche de Louis XVIII qui souhaitait réparer les fractures profondes post-révolution, Louis-Philippe Ier s’inscrivit dans la tradition capétienne en devenant l’homme de la situation.

D’aucuns regrettent cet épisode, mais un contexte révolutionnaire change diamétralement le cours des choses. Ce n’était pas la première fois dans l’histoire de France, puisque c’est la conjoncture du moment qui fit remplacer les Mérovingiens par les Carolingiens, puis qui vit l’avènement d’Hugues Capet.

Henri d’Artois ne resta d’ailleurs pas toute sa vie sans occasion, puisqu’il se vit proposer à deux reprises de monter sur le trône (notamment après la chute de Napoléon III) et qu’il refusa. Au final, la question ne se pose plus depuis 1883, année où il mourut sans laisser de descendance.

Si la branche aînée des Bourbons de France s’est éteinte, de qui descend donc Louis de Bourbon, alors ? C’est là que la thématique nationale fait écho. Pour rester dans des explications simples, ce prétendant n’est pas seulement le descendant du dictateur Francisco Franco, mais également de Louis XIV, qui plaça son petit-fils sur le trône d’Espagne en 1700, créant la branche espagnole des Bourbons.

Après cet épisode, l’Europe connut une guerre féroce, la perspective de voir la France et l’Espagne réunies sous une même couronne inquiétant les puissances européennes. Pour préserver l’équilibre européen, Philippe V renonce solennellement, pour lui et pour ses descendants, à ses droits sur le trône de France. En contrepartie, sa légitimité sur le trône d’Espagne est reconnue. Cette renonciation, reconnue par les puissances européennes et intégrée au traité d’Utrecht de 1713, dépassait donc le cadre strictement français.

Ainsi, la branche issue de Philippe V a continué son histoire politique hors de France depuis plus de trois siècles.

Je rappelle qu’outre la renonciation au trône de France des Bourbons d’Espagne en 1713, la transmission uniquement par les hommes de la couronne a été mise en place pour éviter que le royaume ne soit l’objet de convoitise étrangère. C’est dans cet esprit que pendant des siècles la monarchie française a veillé à ce que la couronne ne devienne jamais l’instrument d’appétits extérieurs. De là est née la transmission masculine, visant notamment à éviter qu’un mariage dynastique ne fasse basculer le royaume sous influence étrangère. Or la branche issue de Philippe V a exercé son histoire politique en Espagne pendant plus de trois siècles et modifie nécessairement la nature du lien avec la France contemporaine. La France de 2026 n’est pas celle de 1700.

Par conséquent, le roi se doit d’être Français, de vivre sur le sol français avec son peuple. Ceci est le cas de la famille Orléans depuis la fin de l’exil imposé par la République française, tandis que les Bourbons d’Espagne vivent principalement dans la péninsule ibérique, avec pour exception l’actuel prétendant qui a choisi étrangement le Venezuela comme ancrage.

Les arguments ne manquent pas pour amplifier davantage la légitimité orléaniste, et il me semble à ce propos opportun d’avoir à l’esprit la situation actuelle de la France, laquelle ne peut se payer le luxe d’attendre que des débats historiques soient tranchés. C’est pour cela que j’invite les partisans de Louis de Bourbon à bien prendre en compte que les deux prétendants sont des Capétiens, des héritiers de François 1er, du bon roi Henri IV ou même de Louis XIII. Je les invite également à cesser de focaliser sur le père du roi Louis-Philippe Ier, Philippe Egalité, qui en effet a commis une faute historique en votant la mort du roi Louis XVI, car ils se disent très attachés à la catholicité, or ils oublient Ezechiel 18:20, Deutéronome 24:16, et 2 Rois 14:6 que je les invite vivement à relire.

Le véritable enjeu est de savoir quelle monarchie peut parler à la France d’aujourd’hui, et servir son avenir avant tout.

J’espère avoir pu éclairer mes lecteurs sur cette fausse divergence, laquelle me semble définitivement tranchée.

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