Ce début d’automne 2025 voit les feuilles tomber, mais aussi les décisions de justice. Et parmi elles, celle d’un homme pas comme les autres : Nicolas Sarkozy.

Mon article n’a pas pour vocation d’amplifier le capharnaüm ambiant que les médias nous servent à chaque affaire. Je n’ai pas lu le jugement, je n’ai pas participé à ce procès, mais j’ai entendu les différentes démonstrations, notamment celles de Fabrice Arfi, de Brice Hortefeux, et d’autres encore. Puis j’ai entendu ces micro-trottoirs où des Français se disaient choqués qu’un ancien président de la République puisse être incarcéré. Une dame âgée déclarait pour sa part : « ils ne sont pas au-dessus des autres, mais quand même un peu… »

Et là, je me pose une question plus générale. La République française repose sur le principe d’égalité. Mais ce principe, s’il est louable, est contraire à la nature humaine. Nous pouvons rechercher l’équité, récompenser ceux qui le méritent et punir ceux qui le cherchent, mais nous ne serons jamais égaux. Et heureusement : le monde serait si fade s’il l’était. D’ailleurs, Monsieur Sarkozy a déclaré ceci : « Je suis contre l’égalitarisme, l’assistanat, le nivellement ; pour le mérite, la juste récompense des efforts de chacun, et la promotion sociale. » Sa campagne présidentielle de 2007 était elle aussi un véritable coup de boutoir contre ce qui fait notre devise actuelle.

Cette même égalité est aujourd’hui mise en tension par une partie significative de la population, qui ne comprend pas pourquoi un ancien président subit le même sort qu’un justiciable inconnu. Nicolas Sarkozy s’est laissé emporter en affirmant qu’il n’avait pas été humilié, mais que la France l’était. En réalité : c’est le système républicain lui-même qui s’expose à l’humiliation, en se montrant incapable de protéger la fonction qu’il prétend incarner.

Et ce n’est pas seulement une affaire de justice. C’est aussi une affaire de coût, de prestige et de symbole. Puisque la dette semble soudainement intéresser nos gouvernants depuis plusieurs mois, voici une information que l’on tait trop souvent :

Le prix de la République

Sur une génération entière, c’est-à-dire 25 ans, le président de la République et ses prédécesseurs coûtent plus de 3 milliards d’euros à la France.

  • Le président en exercice coûte environ 125 millions d’euros par an (budget de l’Élysée).
  • Chaque ancien président coûte environ 2 millions d’euros par an (collaborateurs, locaux, véhicules, sécurité). Aujourd’hui, Messieurs Sarkozy et Hollande représentent environ 4 millions d’euros à eux deux.
  • En “années hautes”, le total grimpe donc à ≈130 M€ par an, soit 3,2 à 3,3 milliards sur une génération. Sachant que Monsieur Macron n’aura pas 50 ans à la fin de sa présidence et qu’il viendra donc s’ajouter aux frais que paieront les Français pour son successeur.

À titre de comparaison :

  • Royaume-Uni : ~150 millions d’euros par an de coûts, mais la monarchie reverse bien davantage grâce au Crown Estate → elle rapporte donc plus qu’elle ne coûte.
  • Norvège, Danemark, Suède : entre 15 et 30 millions d’euros par an.
  • Espagne et Belgique : entre 10 et 17 millions d’euros par an.

Bilan : La République française dépense donc plus que toutes ces monarchies, sachant que chaque euro dépensé pour un roi est justifié par son exercice, alors que chaque euro accordé à un ancien président qui n’est plus en exercice n’est en fait qu’une allocation chômage à vie.

Or, c’est là le cœur du problème : la République multiplie les présidents et les privilèges, mais elle n’offre plus ni unité, ni prestige. Les voyages officiels d’Emmanuel Macron, surtout depuis 2024, ont montré des réceptions où la République s’agite plus qu’elle ne rayonne. À l’inverse, une monarchie sait incarner une permanence et un prestige qui élèvent le pays tout entier, et surtout, qui l’unit.

Face à elle, que voit-on ? Un président français contesté par la moitié de son pays, hué dans ses déplacements, perçu comme l’expression d’un camp contre un autre camp. Un homme de passage, qui s’efface après cinq ou dix ans, mais dont les privilèges et le coût demeurent. En conclusion, la République a voulu abolir la figure d’un roi pour mettre en place des présidents, mais elle a fini par multiplier les roitelets politiques — chacun coûtant cher, chacun polarisant, chacun fracturant toujours plus le pays qu’il a trouvé.

Naturellement, la monarchie ne prétend pas résoudre tous les maux. Elle n’est pas une baguette magique, et la démocratie se faisant, nos élus voteront nos lois avec des gouvernements qui les appliqueront. Mais l’utilité d’un roi c’est avant tout l’incarnation d’un principe d’unité et de continuité au-dessus des querelles partisanes. Ce pourrait être également l’allié d’un peuple, lorsque ce dernier s’oppose farouchement à une loi, en décidant de la suspendre pour organiser un référendum afin qu’une élection ne soit plus un chèque en blanc pour 5 ans. C’est ce que j’appelle le droit de veto référendaire. Oui, un roi utile et garant de notre démocratie, qui offre ce que la République ne parvient plus à donner : une stabilité, une dignité, une cohésion.

Aujourd’hui, la France dépense des milliards pour entretenir ses présidents successifs, mais elle n’achète ni prestige ni unité. Elle paie plus que les monarchies voisines, tout en s’offrant le luxe de la division.

La France est orpheline de symbole. Elle est fracturée, fatiguée, et peu à peu effacée. Mais l’histoire nous enseigne une chose : une nation renaît toujours quand elle retrouve un dénominateur commun.

Le voici :

Jean d’Orléans, futur Jean IV si les Français le décident.

Sources

  • Matignon, réponse à la question écrite n°16241 de l’Assemblée nationale : moyens alloués aux anciens présidents de la République (2019).
  • Contribuables Associés, « Sarkozy ou Hollande : quel ancien Président coûte le plus cher aux contribuables ? », 18 octobre 2023.
  • Cour des comptes, Rapport sur le budget de l’Élysée, exercices 2019-2024.
  • Crown Estate Annual Report 2023, Royaume-Uni : bénéfices reversés au Trésor britannique.
  • Monarchy of Sweden – Annual Accounts 2023 : coûts et dotations royales scandinaves.

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